Un permis pour les artistes de rue à Charleroi

Artiste de rueDepuis le 1er octobre 2013, un nouveau règlement est d’application pour les artistes de rue à Charleroi.  Ils devront posséder un permis afin de pouvoir exercer leur art dans la rue, si pas, une amende d’environ 50 € leurs sera imposée. Et ce n’est pas tout ! Pour l’obtention de ce permis, ils devront passer devant une commission artistique composée d’un jury afin de juger de la qualité artistique de ceux-ci.

Cela permettra d’une part, avoir une reconnaissance des artistes de rue et d’autre part, pour les policiers, pouvoir faire la distinction entre artiste de rue et mendiant.

Les avis sont partagés sur ce sujet. Ce nouveau statut est-il une valorisation ou une discrimination artistique ? Laissons parler l’artiste…

RENCONTRE AVEC UNE VIOLONISTE AUTODIDACTE, ARTISTE DE RUE À CHARLEROI.

KP : Depuis quand tu t’es mise à jouer dans la rue ? Et pourquoi ?

Cet été j’ai décidé de prendre mon violon et d’aller jouer dans la rue par un temps ensoleillé pour animer un peu ces rues en travaux et surtout par plaisir. Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir un regard extérieur sur ce que je faisais, de savoir si les gens appréciaient. Et c’était le cas.

KP : Que penses-tu de cette nouvelle réglementation ?

Elle peut faire peur à certains car beaucoup ont peur de ne pas avoir le droit de pratiquer leur art dans la rue, mais elle n’est pas restrictive à ce point là. Il faut passer un jury qui est composé d’échevins, chefs de la police et directeur d’académie… Je pense qu’ils veulent juste que les personnes ne fassent pas n’importe quoi, que ça n’énerve pas les gens. Ils ne veulent pas spécialement avoir des artistes virtuoses, mais des artistes qui ont un potentiel et qui peuvent encore évoluer.

KP : Penses-tu que ça peut apporter un sentiment de reconnaissance ?

Il ne faut pas rechercher la reconnaissance absolument, il faut y aller pour faire plaisir, pour donner quelque chose aux gens. On ne fait pas du commerce, on n’est pas entrain de vendre quelque chose. On est là pour partager son art, pour offrir quelque chose aux gens.

KP : Cette réglementation, peut-elle motiver d’autres artistes à venir jouer dans la rue ?

Je pense que ce n’est pas la réglementation qui va les motiver. Mais elle peut les stimuler. Il ne faut pas voir ça comme une interdiction, mais comme quelque chose qui va stimuler les artistes qui ont peur de le faire. Il y en a beaucoup qui ont du talent, qui jouent très bien mais qui restent chez eux, et puis, ils sont stressés d’aller jouer à l’académie alors qu’en rue, ils peuvent tester, voir ce que les gens en pensent. Et en général les gens sont ravis d’entendre un Bach ou un Mozart (pour ma part).

KP : Penses-tu que cela va redonner un peu de joie de vivre à Charleroi ?

Oui entre 2 marteaux piqueurs et un bulldozer (rire).

KP : Quelles sont les particularités de ce règlement ?

On ne peut pas jouer plus d’une heure au même endroit. Les horaires sont de 10h à 21h. Je trouve que c’est fort tard car les commerces ferment à 18h et il n’y a plus personne en ville après. Il faut remplir un formulaire à la commune, une photocopie de la carte d’identité, un permis de séjour, ou une photo de soi récente, une copie de son casier…Si tu ne respecte pas ce règlement, tu as une amende.

KP : Que dirais-tu à ceux qui n’osent pas d’aller jouer dans la rue ?

Il y a des gens qui font l’amalgame entre aller jouer dans la rue et la mendicité. Je leur dirai que c’est un partage, qu’il faut oser. Il y a une interaction subtile qui se formule par un échange, un don, des sourires, des mots d’encouragements ou des remerciements.  

KP : Où peut-on te voir jouer ?

Place Albert 1er, La Gare du Sud, le pont de la gare, la galerie Saint Bernard, au passage de la Bourse, etc.

 

E.Bourénina