Le pèlerin du blues

Ernest HembersinErnest Hembersin guitariste professionnel, nous livre son parcours de musicien professionnel. Après 40 années d’expérience, il est toujours là actif et endurci.

KP : Peux-tu décrire ton parcours en quelques mots ?

Je suis d’abord un rocker. À 16 ans, on avait emprunté une camionnette de ferrailleur, sans avoir le permis.  Mon frère était plus jeune, 14 ans, le batteur avait 14 ans également. Et, nous sommes partis à Paris jouer au Golf Drouot. Où nous y avons gagné la finale. Ensuite, nous avons fait une tournée en France et une en Belgique avec le groupe Ablaze. Ça a pris un certain essor et nous avons commencé à tourner dans les MJC en France et les maisons de jeunes en Belgique. Je suis venu à la guitare classique plus tard. J’ai beaucoup travaillé pour avoir mon premier prix au Conservatoire. Puis, j’ai un peu mis de coté les concerts endant ma vie de famille. Et j’ai repris le rock en 1998 avec le groupe Ablaze jusqu’à aujourd’hui.

KP : Si tu devais te décrire en une phrase ?

C’est difficile … (rires)

KP : Que penses-tu du métier d’artiste ?

Pour moi, il y a deux facettes. L’artiste politisé, protégé qui a son copinage et qui entre facilement dans les salles d’expositions, les concerts etc. Et il y a l’autre qui rame. Ça ne veut pas dire qu’il a moins de talent. Mais il rame car on lui ferme les portes. Je connais des guitaristes excellents qui font la manche et je connais des « manches »  (jouons sur les mots) qui ont accès aux centres culturels, aux clubs privés etc. Et je trouve ça regrettable. Je pense que les gens qui nous dirigent ne vont pas assez loin dans leurs recherches. Se sont plus des personnes de bureau que de terrain. Ils restent dans un cercle qui tourne toujours autour du même, comme une sorte de mode.  Et le côté copinage fini par remporter sur la qualité artistique.  

KP : C’est quoi pour toi être artiste ?

Cela ne veut pas dire avoir des cheveux gras, des tatouages partout et sentir mauvais. Ça veut dire vivre de son art. Et vivre de son art quel qu’il soit, c’est difficile. Je connais quelques artistes en France, et j’observe qu’ils ont beaucoup plus facile de jouer que chez nous.

KP : Qu’est-ce que cela implique à Charleroi?

Ça implique qu’il n’y a pas de guide, d’endroits pour se réunir. De mon temps il y avait des cafés où tu pouvais avoir un contact avec les autres groupes. A l’époque il y avait un échange et c’était positif. On ne tirait pas dans le dos de l’autre.

KP : Comment faut-il s’y prendre pour se creuser une place dans ce métier ?

C’est difficile. Mes fils sont artistes et je ne sais pas les conseiller. Peut-être s’introduire dans un bon groupe, aller écouter ce qu’on dit derrière les portes. Ainsi, quand  ils auront un projet solo, ils auront plus de facilité de trouver ce qu’ils recherchent.

KP : Quelles difficultés as-tu rencontré lors de ton parcours ?

La difficulté, c’est quand personne ne croit en toi. Et aussi le manque de confiance en soi et le manque de soutien. Pour avancer il faut s’entourer de gens compétents qui vont vous écouter et vous donner les bons conseils.

KP : Quelles ont été pour toi les belles années et pourquoi ?

C’était après avoir remporté le Golf Drouot avec Ablaze à Paris. Toutes les stars passaient par là à l’époque. Il y a eu des portes qui se sont ouvertes. C’était exceptionnel car nous étions un groupe « belch ». Ça nous a permis d’avoir des tournées et gagner un peu d’argent. Malheureusement les 3 autres musiciens du groupe sont décédés.

KP : Est-ce que ce métier suffit pour nourrir une famille ?

Être prof oui. Mais ici en Belgique, être artiste et vivre de scène ne suffit pas.

KP : Aurais-tu pu faire un autre métier que celui-là ?

Oui, j’aurai pu être joueur de football. Mais pas employé de bureau, j’aurai été viré. J’aurai plutôt préféré être ramasseur de poubelles.

KP : Pour les artistes, qu’est ce qui manque à Charleroi ?

Un système de concertation entre eux et un guide compétent. Quelqu’un qui va dire quand ça va ou ne va pas. C’est un boulot difficile, mais il y a certainement des gens capables de le faire.

E.Bourénina