Critique littéraire: Fragments d’un fait d’hier

 Fragments d’un fait d’hierLA CRITIQUE LITTÉRAIRE

Aurore Valentine

Luc-M. Fouassier, Fragments d’un fait d’hier (Ed. Wilquin, 2013).

Un homme emménage dans une maison ayant appartenu à sa grand-mère. Suite à la découverte d’une lettre mystérieuse cachée au creux d’un mur, il se lance à la rencontre du passé avec la complicité d’un voisin et d’une jeune femme de sa connaissance. Les trois personnages, en mal d’aventures, mènent l’enquête afin d’élucider un meurtre perpétré en 1937. Inspiré d’une histoire vraie, Fragments d’un fait d’hier est le second roman du romancier et nouvelliste Luc-Michel Fouassier. L’auteur nous entraine dans un polar rétro, au rythme inégal, qui fait la part

belle aux secrets de famille.

C’est un agréable divertissement que l’auteur nous propose. Une intrigue de série policière, où un héros ordinaire joue les détectives en compagnie d’une femme qu’il aimerait séduire et d’un vieil homme d’une autre époque. Le trio marche bien malgré un schéma plutôt classique, l’intrigue accroche. Côté rythme, on regrette quelques longueurs heureusement compensées par un double récit : Fouassier nous raconte en alternance l’histoire des protagonistes et le quotidien de la victime avant son assassinat, un bon quatre-vingts ans plus tôt. Le style est sobre, pas tout à fait abouti, l’écriture est précise; on sent la recherche historique derrière le texte. L’auteur laisse peu de place aux dialogues. Ces fragments qu’il nous propose sont faits de nostalgie, d’actes manqués. Ils mettent en évidence la brièveté de la vie et dénoncent les secrets des gens sans histoire : on croit connaître quelqu’un, et pourtant…

Morceau choisi :

‘’ Mon premier réflexe a été de replier la lettre et de la glisser avec l’article dans l’enveloppe, puis de remettre le tout dans la niche creusée dans le mur. Comme si j’avais commis une faute, péché par excès de curiosité, et qu’il me fallait réparer cela au plus vite. Bizarrement, ce n’était pas le contenu de l’enveloppe qui me dérangeait, c’était plutôt le fait que ma grand-mère ait pu, un jour, éprouver le besoin de cacher quelque chose. Car il n’y avait aucun doute, la destinataire de la lettre ne pouvait être que ma grand-mère Louise. J’ai pensé à toutes ces fois où nous étions venus avec mes parents, à tous ces après-midi passés ici, sans savoir qu’un secret dormait dans le mur, derrière l’épaisseur de la plinthe. J’ai vu les vieilles mains de ma grand-mère nous servir de la matelote ou du civet de lapin. J’ai croisé de nouveau son regard un peu absent lorsque le moment pour nous de rentrer approchait. Et je ne sais pas  vraiment pourquoi, mais une terrible envie de pleurer s’est emparée de moi. ‘’

Cote : 3,2/5