Françoise Gillard, une sociétaire belge à la Comédie Française !

Françoise Gillard a tout pour réussir dans le milieu du théâtre, elle est courageuse, passionnée, talentueuse, belle, Dotée d’une sympathie naturelle et d’une rare humilité dans le milieu ce qui la rend très abordable. Rencontre avec une Thudinienne qui n’a rien à envier à nos confrères Français …

C’est au mois d’août  2010 que j’ai eu la chance de rencontrer Françoise Gillard, sociétaire à la Comédie Française de Paris. Petit bout de femme plein d’énergie et sourire aux lèvres. Du haut de ses 39 ans, cette comédienne belge diplômée du Conservatoire Royal de Bruxelles nous fait part de son expérience et de sa vision du fonctionnement du monde culturel théâtral, en Belgique comme en France.

Retour sur un parcours…

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« Je suis en effet sociétaire depuis 2002 à la Comédie Française mais suis entrée dans la troupe de celle-ci comme pensionnaire en
1997 »  Nous confie-t-elle. « Ce titre de sociétaire est donné comme signe de reconnaissance par le comité d’administration qui est composé entre autres de sociétaires. Il est le signe que vous pouvez assumer un premier rôle et tenir sur vos épaules la responsabilité d’une création. En l’endossant on devient « actionnaire » de la société des comédiens français, c’est un acte que l’on signe devant un notaire. »

Que signifie ou symbolise pour vous le fait d’être sociétaire dans une institution aussi connue et reconnue?

Je ne sais pas trop! Bien souvent je me dis que j’ai beaucoup de chance mais aussi beaucoup de responsabilités. Etre honoré d’un tel titre ne peut  qu’engendrer la peur de décevoir et de ne pas être à la hauteur. Je le prends comme un challenge d’aller toujours plus loin dans mon art, consciente qu’un titre n’est pas grand-chose et que rien ne peut remplacer le travail encore et encore.

Était-ce un de vos rêves ou objectifs?

Pas du tout. Je suis belge et dans notre pays, la Comédie-Française ne fait pas partie de notre culture. J’ignorais le fonctionnement de cette grande maison, je savais juste que c’était la maison de Molière. Mon rêve était juste d’avoir la chance de faire mon métier et de pouvoir en vivre, je ne savais pas que ma passion me mènerait dans cette troupe. J’ai d’ailleurs demandé réflexion après la proposition de Jean-Pierre Michel qui était administrateur à l’époque. Souvent je mesure l’impertinence de ma demande face à une telle proposition.

Pensez vous que les jeunes de moins de 25 ans se désintéressent de la culture théâtrale ou constatez-vous un intérêt encore bien présent?

Je donnerais mon avis en rapport avec la fréquentation à la Comédie-Française, je constate que beaucoup de jeunes viennent assister aux représentations classiques ou modernes dans le cadre scolaire ou personnel. Cependant je trouve que les professeurs ne préparent pas toujours très bien les élèves et cela est regrettable car un élève sera plus attentif si en amont un travail a été réalisé sur l’œuvre proposée. Je pense donc que l’avenir de la culture est aussi et surtout une question d’éducation. A l’école mais aussi dans les médias, il est vrai que ce que l’on propose aux jeunes n’est pas toujours très relevé et que le nivellement vers le bas n’est pas profitable à une culture intelligente et variée. Il est important que la culture de qualité soit préservée car c’est elle qui aide à penser et surtout à développer son esprit critique, à faire d’un pays qu’il soit libre et visionnaire.

Derrière l’image prestigieuse qui émane de la Comédie Française et des personnes qui gravitent autour, est-ce tout de même difficile de vivre réellement de son art? Qu’en est-il des subsides à Paris pour vos pièces?
Vivre, nous en vivons, nous les comédiens de la troupe (nous ne serons jamais riches le comédien de la CF est mensualisé ce qui est une grand luxe, même si on ne joue pas, on reçoit un salaire, ce qui enlève de la tête, la peur du lendemain. Cependant on n’est pas comédien à vie dans cette maison et notre inquiétude réside souvent dans le fait d’y rester ou pas, car si le comité nomme des postes au sociétariat, il a aussi la vilaine tâche de remercier des membres de la troupe) Cette maison fait aussi vivre 400 salariés qui assurent différents postes techniques, administratifs et créatifs.

 « Je voudrais aussi souligner la grande richesse

en matière  d’événement en Belgique!

Je pense  à Charleroi par exemple »

Concernant les subsides, hélas la CF ne passe pas à côté de la crise et le gouvernement en place ne situe pas la culture

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au cœur de ses préoccupations. C’est regrettable mais le budget de la culture ne fait que baisser et je constate que depuis plusieurs années on doit créer avec moins d’argent et c’est donc la qualité de la création qui est à long, ou court terme menacée! De plus par manque de budget la troupe a vu fondre le nombres de ses comédiens et il faut donc assurer les spectacles dans les trois salles
avec moins de comédiens. On est aujourd’hui autour de 50 alors qu’en 2007, (date de mon entrée dans la troupe), ils étaient 70! Il faut rester vigilant sur l’avenir d’une culture libre et capable bien sûr de remonter les oeuvres classiques mais aussi de laisser une place importante à la création contemporaine, ce qui développe l’esprit et donne une idée de l’époque que nous vivons.

Si vous deviez comparer les démarches belges et Parisiennes en matière de culture et d’aide à la culture, qu’en tirez-vous comme conclusion au niveau des subsides, des motivations du public et des comédiens? Quel est le rapport avec le milieu scolaire ? Enfin, la Belgique est elle défavorisée en matière  d’aide et d’accès à la culture?

Je pense bien sûr que la France est plus généreuse avec ses artistes. Il existe un statut pour les artistes qui fait d’eux des intermittents du spectacle (cependant ce statut est depuis quelques années en danger, vu la politique culturelle du pays, dont je parle plus haut) ce statut permet aux artistes de toucher un chômage plus élevé que n’est celui des artistes belges. Autre point important ici, l’acteur peut avoir la chance d’être médiatisé, ce qui est très peu le cas en Belgique. Il est toujours déplorable de constater qu’au JT de la RTBF quand on reçoit un artiste, il est français et célèbre! Alors qu’il suffirait de valoriser nos artistes belges en leurs donnant la chance d’être plus présents dans les médias et ne pas attendre qu’ils soient célèbres hors de nos frontières pour parler d’eux! De plus le problème que notre pays  rencontre en ce moment au niveau politique ne va pas aider les artistes car le fossé entre les aides données aux Flamands et aux wallons va encore se creuser! Je pense que les deux communautés devraient donner l’exemple en se tendant la main plus souvent et ce en participant à des créations communes. Je suis pour le décloisonnement des arts mais aussi des frontières, des différences linguistiques ou autres. L’art ne doit pas être limité ni connaître de ségrégation mais hélas ce n’est pas toujours le cas et quand la politique s’en mêle, c’est encore pire! Concernant les écoles, je pense vraiment que la Belgique est riche et que l’on peut y recevoir une très bonne formation théâtrale. Ils y a les conservatoires royaux (je pense bien sûr à celui de Bruxelles où j’ai été formé mais aussi Mons et Liège), L’IAD à Louvain-La-Neuve et L’INSAS à Bruxelles. J’ai très souvent recommandé ses écoles à des jeunes français qui voulaient suivre une formation et qui n’avaient pas trouvé en France. Je pense que la Belgique par sa petitesse est un pays qui a toujours cherché à s’ouvrir sur l’extérieur et qui est donc plus novateur, peut-être que les artistes ont moins peur de prendre des risques, l’égo y est peut-être moins développé?! Je pense aussi au cinéma belge qui possède une vraie identité et j’aime énormément le cinéma qui se fait chez nous. Je le trouve plus humain, plus profond, plus abouti que le cinéma de certains réalisateurs français. Je voudrais aussi souligner la grande richesse en matière d’événement en Belgique! Je pense à Charleroi par exemple, je suis admirative de tout ce qui est proposé aux spectateurs dans cette ville. Sur une même saison, vous avez le choix entre la programmation de l’Eden, du théâtre de l’Ancre, des écuries, du Vaudeville, du Palais des beaux-Arts et d’autres lieux que je ne voudrais pas oublier. Autant de choix qui dynamise une ville et propose une diversité rare et précieuse dans une ville que l’on pourrait croire sans intérêt pour la culture car elle garde l’image d’un pays noir et économiquement faible!

 

 Lola Destercq