LA CRITIQUE LITTERAIRE: Prélude de cristal de Bernard TIRTIAUX

Bernard TIRTIAUX, Prélude de cristal (Editions Lattès, 2011)

Il est aussi maître verrier et sculpteur, mais c’est l’écrivain qui nous revient cette fois avec un huitième ouvrage. Pour rappel, le belge Bernard Tirtiaux est l’auteur du magnifique «Les sept couleurs du vent », paru en 1995 et contant la vie d’un charpentier du 16ème siècle épris d’absolu. Prélude de cristal, quant à lui, embarque le lecteur dans une histoire d’amour carolo-prussienne sur fond de révolte ouvrière !
Mars 1886. Lena, jeune harpiste originaire de Prusse, accompagne l’orchestre philarmonique de Berlin qui se produit à Bruxelles. Un incident la conduit dans la région de Charleroi où elle rencontre Lazare, un souffleur de verre. L’amour qu’elle porte instantanément à cet homme, marié et impliqué dans une sombre histoire de vengeance, lui fait parcourir le monde, de la Belgique à l’Amérique. Traquée, elle tente de préserver le secret confié par son amant, veillant sur lui à distance tout en espérant d’hypothétiques retrouvailles…
Prélude de cristal enchante ses lecteurs malgré un récit féminin en «je» et le caractère narcissique de son héroïne, deux inattendus chez Tirtiaux. On tremble, on pleure, on s’attendrit  autant on s’amuse avec l’intrépide Lena. Refermer le livre une fois la dernière page achevée donne un peu l’impression de perdre une amie de longue date.  L’intrigue s’insère parfaitement dans un contexte historico-politique complexe, mettant le doigt sur les injustices sociales de l’époque. Ajoutez à cela un brin de romantisme, une pincée de mysticisme, et la recette fait mouche. Côté forme, si on regrette certaines phrases longues et chargées qui alourdissent le texte, on apprécie toujours autant l’écriture riche et ciselée de l’écrivain, la musique et l’émotion qu’il fait naître des mots.
Morceau choisi :
“ Hallucinée, j’assiste à un étirement de ballons d’argent sur fond de blouses amples, de bras noueux armés de métal noir, de visages en sueur et la musique informe de cet orchestre natif me submerge d’émotions. J’approche cette métamorphose de la matière qui part de l’arrachement, devient combat à distance entre les forces du feu et de l’eau, danse fragile et périlleuse. […] Je me fixe sur un des trente souffleurs. Je sais que c’est lui. De source ancienne, primitive, organique. ”

Aurore Valentine