LA CRITIQUE LITTERAIRE : Vengeances de Philippe DJIAN

Philippe DJIAN, Vengeances (Editions Gallimard, 2011)

 En juin 2011 est sorti le dernier roman de Philippe Djian, Vengeances. L’auteur du célèbre 37,2° le matin – qui, adapté au cinéma, offrit à Béatrice Dalle son heure de gloire – remet le couvert avec un récit qui porte bien son titre : les humains, mais aussi le destin, semblent prendre un malin plaisir à s’y venger.

Peu de temps après le suicide de son unique fils, Marc, un artiste en déclin, prend sous son aile la jeune Gloria, qu’il a trouvée ivre dans le métro. Il est loin de se douter des liens qui l’unissent à sa protégée. Loin de soupçonner quelles lourdes conséquences leur rencontre aura sur son existence et celle de ses amis les plus proches…

Dans Vengeances, l’écrivain rock’n’roll réunit avec talent deux âmes en peine, fait se croiser deux personnages brisés par la perte d’un être aimé. Fidèle aux thèmes qui lui sont chers – les relations humaines, l’art, la nature, le sexe et autres addictions – Djian embarque le lecteur dans la vie chaotique d’une poignée d’antihéros désabusés, en quête d’oubli. L’écriture est spontanée, compulsive, un rien décousue. Parfois crue, souvent poétique. Dans le plus pur style djianesque : on aime ou on déteste, mais on y reste difficilement indifférent. Côté fond, petit bémol pour la chute de l’histoire, assez abrupte, bâclée par une plume impatiente, et qui laisse un peu le lecteur sur sa faim.

Morceau choisi :

Il considéra la fille un instant, subodorant le mélange infernal qu’elle avait dû s’administrer, mais il ne ressentit aucune compassion pour elle. A un distributeur automatique, il acheta une bouteille d’eau et la lui tendit. Bien qu’elle gardât les yeux à demi ouverts, il était impossible d’évaluer son niveau de conscience. « Larguée » n’était pas le mot.                          « Complètement larguée » était juste un peu mieux. « Carbonisée » était pas mal. Il faisait assez froid. 

 

 Aurore Valentine